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Présentation de l'exposition "Période noire" par Marc Bélit

centre d'art contemporain "Le Parvis" Tarbes


Connu comme peintre d'une singulière exigence, Lestié n'a cessé d'interroger la peinture en tant que genre dans ses trois inflexions classiques : paysage, figure et nature morte, soit : le monde, l'homme, l'objet, et ce, par une mise à distance représentative qui tend plus à en faire des signes qu'à en décliner les formes.
C'est que cette peinture s'apparente à l'écriture et qu'elle est autant discours que représentation, elle joue même constamment des deux registres, les mêlant, les subvertissant, inversant leurs codes, énonçant et raturant sans fin des surfaces dont on ne sait si elles sont pages ou murs. Aussi bien cette peinture se donnait dans un "fini" irréprochable, comme sont "finis" les tableaux hollandais par exemple avec glacis et perfection d'objet. Mais leur sujet en revanche était toujours curieusement inachevé, morcelé, en cours d'exécution : une règle ici, un cadre là, une brindille, une lampe, tous objets d'atelier ou de travail posés là en attente, de quoi ? du tableau lui-même, comme si l'impossible réunion du matériau et de la forme décevait par avance toute récupération à venir. Affaire classée. Tout le charme de cette peinture réside donc dans cette contradiction pensée. Il n'est pas aisé pour un peintre du XX°siècle de peindre "naïvement" le monde, il y a en effet un savoir de la peinture de son histoire et de son moment, qui fait écran et qui doit être traité comme tel. C'est là l'un des enjeux majeurs de la peinture de Lestié.
On le croyait donc voué à la seule peinture, et voilà qu'on le retrouve dans l'entreprise du dessin. Est-ce autre chose ? Sans doute pas, c'est plutôt la continuation d'un même questionnement sur l'état de la peinture... par d'autres moyens. Dessins donc qui n'ont rien à voir avec l'état d'esquisses préalables, mais sont aussi achevés que des toiles. Ils sont littéralement "d'après peinture" au double sens de cette expression, comme si le dessin, enjambant la difficulté de peindre aujourd'hui, se situait délibérément dans un "après" qui en réactive le sens.
On pense certainement ici à "l'oeuvre noire" de Goya dans ces dessins et jusque dans les figures et portraits. C'est l'ombre qui envahit l'espace, le noir qui découpe le blanc en séquences sèches. Dans ces travaux, Lestié retrouve un espace multispatial, déploie les signes épars de ses toiles déjà peintes et découvre le jeu de la lumière comme un photographe qui distribue soigneusement ses gris et ses noirs sur la surface argentique.
On regardera donc ces travaux comme une avancée décisive dans son travail de peintre et si Lestié travaille dans l'ombre, c'est que l'ombre est comme envers de la couleur, le matériau même de la peinture, la trace des choses dans le visible comme idée de la chose même dans la mémoire. En ce sens, ces dessins sont toujours de la peinture, une peinture qui ne cesse de s'interroger sur elle-même dans son dessein propre : dire le monde dans son ouverture même.

Marc Bélit


   

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