interstices 
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      emploi-du-temps
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alain lestié  face à face



les éditions PerformArts ont publié un ouvrage avec un texte de Christian Depardieu sur la séquence des œuvres de Lestié "face à face":
sur demande ici


 Lorsqu'en janvier 2008, j'ai exposé pour la première fois
les œuvres d'Alain Lestié, sous le titre «A mots couverts», j'avais souligné l'extraordinaire dextérité d'un peintre s'exprimant sur des feuilles de papier Fabriano(1) de formats identiques, à l'aide du seul crayon «Nero»(2).
Une austérité de moyens techniques qui contraste avec la variation infinie des teintes allant du noir au blanc en passant par toutes les nuances de gris. Pour Face à face, titre de l'exposition, objet de cet ouvrage, quel que soit le sujet de chaque tableau, figure, symbole ou signe plus ou moins énigmatiques, on retrouve l'éclat des nuances de gris et de noir, la netteté du dessin, la puissance évocatrice d'un univers prenant, propre à l'artiste, révélant sa grande maîtrise des couleurs et des formes. Fidèle à son passé de peintre de la «figuration critique» s'interrogeant, dès les années 70, sur l'avenir de la peinture, Alain Lestié nous emmène dans un monde parallèle, où la représentation, la figuration des objets ou des espaces, servent de métaphore à son discours sur l'art et sur le réel. Par la seule force de son imagination, il nous fait pénétrer dans des paysages abstraits d'où émergent ponctuellement des formes, des objets, des mots qui nous sont familiers. Il s'agit d'un processus mental ou se confrontent et se complètent l'abstrait et le concret. En même temps, cet « espace temps » se transforme et se projette dans l'avenir ou dans le passé, selon la subjectivité de chaque spectateur, en fonction de ses codes et de sa culture propre. Cette expérience de pensée, à partir de phénomènes purement mentaux, apparaît comme une brèche entre passé, présent et futur. Nul commencement ni fin dans cet univers ponctué de «sombre histoire», de «volte face», «Interstice», « emploi du temps», «rappel» (3), etc., une interprétation quasi philosophique du monde, en rupture avec la tradition. Véritable poésie de l'abstrait et du concret, les représentations concrètes semblent parfois comme dévorées par le temps, par l'abstrait, objets périssables dans un monde où rien n'est définitivement acquis. Selon Heisenberg, «à l'intérieur d'un système de lois basées sur certaines idées fondamentales, seule certaines manières bien définies de poser les questions ont un sens et qu'ainsi, un tel système est séparé d'autres systèmes qui permettent de poser des questions différentes » (4)
Les écrits qu'Alain Lestié publie depuis de nombreuses
années, en plus de son activité de peintre, sont empreints d'une réflexion qui expliquent la profondeur attachée à ces œuvres. Le monde technologique dans lequel nous vivons, clair obscur si bien représenté dans son travail, célèbre l'aliénation croissante de notre époque contemporaine. S'agit-il de l'annonce de la disparition du monde ? A la fois disparition de la nature et de l'artifice humain ? De l'isolement et de la séparation des êtres qui continuent pourtant à se mouvoir dans cet univers ?
Certainement tout cela, désespéré de ne pas voir naître un monde nouveau sur la faillite de l'ancien...

Christian Depardieu

extrait de la publication «alain lestié: face à face»  éditions PerformArts, Nice 2009









(1).Fabricant italien de papier artisanal selon une méthode ancestrale
   qui a la particularité d'être très stable (640 gr /m²)
(2). Crayon gras composé de suies prises dans de l'argile.
(3). Titres des oeuvres présentées dans l'exposition
(4). Heinsenberg, Philosophic Problems of Nuclear Science, New-York 1952 p.24.


   






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